La question du volume de déchargement au cœur de la crise
Téné Birahima Ouattara appelé en pompier pour éteindre le feu
Bruno Koné : « Nous n’avons pas beaucoup de choix… »
Pour une conférence de presse prévue se tenir à 11 h ce lundi 02 mars 2026 à la salle de conférence de l’immeuble CAISTAB au Plateau, c’est presqu’à 13 h que les dirigeants de l’Organisation Inter-syndicale du café-cacao (OIA café-cacao) se sont présentés dans ladite salle. Et la tension était palpable au niveau de M. Diakité Sidiki, le président de l’OIA, des membres et délégués des producteurs et des coopératives venus en grand nombre écouter le message qui devait leur être adressé au cours de cette séance. Mais en lieu et place d’une conférence de presse comme cela était prévue, on a eu droit à une brève déclaration remplie de beaucoup de sous-entendus quant à une hypothétique solution face aux nombreuses questions et difficultés que traversent la filière.
Diakité Sidiki, lors de sa brève intervention, a expliqué le grand retard avec laquelle a démarré ladite conférence du fait que depuis ce lundi 02 mars matin, leur organisation a eu plusieurs rencontres au niveau de la Primature afin d’exposer leurs difficultés et avoir des réponses claires à donner aux différentes parties prenantes au sein de la filière.
LE NŒUD GORGIEN DU PROBLÈME : LE CONSEIL CAFÉ-CACAO QUI N’A DÉBLOQUÉ AUCUNE SOMME POUR PAYER LES LIVRAISONS DES PRODUCTEURS
Selon le président de l’OIA, l’Etat a décaissé 280 milliards FCFA pour régler les flux de cacao déjà livrer par les producteurs, mais ils n’ont toujours rien vu venir dans leurs poches. Ainsi, il reste environ 60.000 tonnes de fèves de cacao dans les magasins à être livrer pour la grande campagne. Il était question que le Conseil café-cacao (CCC) se charge de payer la livraison des producteurs. Livraison dans lesquelles, l’OIA avait une décote de 12.000 tonnes de fèves déjà livrées. « Au jour d’aujourd’hui, nous avons mis 1500 connaissements en ligne et que le CCC devait valider. Ce matin, nous devions être avec eux ( le Conseil) pour animer cette conférence de presse. Si vous avez constaté le grand retard que nous avons accusé, c’est bien parce que le représentant du CCC a brillé par son absence », révèle Diakité Sidiki.
Il a souligné qu’avant de venir à la CAISTAB, ils étaient tous avec le Premier ministre Beugré Mambé et le Vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara qui étaient accompagnés pour la circonstance de plusieurs autres ministres vu l’urgence de la situation. « Dans le document qu’on nous a présenté, il est indiqué que l’OIA a livré plus de volumes de fèves de cacao que ce que présente notre organisation. Ce qui n’est absolument pas vrai. Nous avons demandé à voir les chiffres présentés par le CCC, ce que le Conseil n’a pas fait. Nous à notre niveau, c’est bien 12.000 tonnes qui ont été livrées. Et le volume qu’il nous reste à livrer est de 12.000 tonnes dans les 40.000 tonnes pour cette première campagne », assure le président de l’OIA qui dénonce une tentative du CCC de vouloir gonfler leur volume exact de fèves livrées afin de réduire leurs futures marges.
C’est pourquoi, l’OIA, selon son responsable, ne peut pas se prononcer pour annoncer à quelle date devra démarrer la petite campagne prévue initialement pour le mois de mars. « C’est cette vérité que je veux porter aux planteurs et aux coopératives. Nous devons rediscuter avec nos autorités et trouver un accord que nous n’avons pas pour le moment », a-t-il expliqué.
À sa suite, M. Marc Daniel Bouabré, Secrétaire général de l’OIA a apporté plusieurs éclairages sur le sujet d’achoppement.
CRISE DU DÉCHARGEMENT DES STOCKS
Il a affirmé que leur organisation a eu d’abord deux séances de travail le dimanche 1er mars 2026 avec le CCC et le Comité interministériel chargé du café-cacao. « Avec le CCC, nous avons arrêté que l’OIA dans la crise de déchargement de stocks devait décharger 40.000 tonnes de fèves de cacao. Sur les 40.000 tonnes inventoriées par le CCC, l’OIA n’a déchargé que 12.000 tonnes tel que avancé dans le PV que nous avons remis au gouvernement ce dimanche 1er mars 2026 », a-t-il ajouté.
M. Bouabré a expliqué qu’à l’instant où se tenaient les discussions ce dimanche 1er mars 2026, il y avait dans le système de validation de la commercialisation intérieure, 7.000 tonnes de cacao à valider par le CCC qui devrait débuter ce dimanche 1er mars 2026. « À notre grande surprise, ce matin ( lundi 02 mars 2026) nous sommes arrivés et l’emprise avec la direction de la Commercialisation intérieure, les connaissements mis en ligne n’ont pas été validés. Il y a aussi la remise en cause des stocks sur lesquels nous nous étions accordés hier ( dimanche 1er mars 2026).
Face à cette situation, l’OIA se réserve le droit de pouvoir retourner vers le Vice-Premier ministre qui ce dimanche a été délégué par M. le Premier ministre afin d’être le coordonnateur de cette crise que nous traversons », a déclaré le SG de l’OIA.
Il a donc été demandé aux producteurs et aux coopératives de rester sereins, car l’OIA travaille pour eux. « Nous irons jusqu’au bout pour voir où les 100.000 tonnes de fèves de cacao déchargées sont parties », a-t-il assuré.
LES PRODUCTEURS EXIGENT D’ÊTRE PAYÉS AVANT DE DONNER DÉSORMAIS LEUR PRODUIT POUR LA SECONDE CAMPAGNE
Nous avons interrogé M. Jean Adéya, délégué OIA de Bongouanou et membre du conseil des sages pour la conciliation pour avoir son sentiment sur la crise qui frappe leur secteur. C’est un homme amer qui n’est pas allé du dos de la cuillère pour dire son ressentiment.
« Il y a eu des ventes et elles n’ont jamais été payées. En lieu et place nous avons seulement eu des reçus. C’est pourquoi nous avons commencé toutes les démarches afin de comprendre cette situation de blocage. Les stocks sont toujours là et il n’est désormais plus question de donner nos produits pour la seconde campagne qui vient de démarrer tant que nos bons antérieurs ne sont pas payés », a-t-il ajouté.
Pour lui, après les discussions entre leur organisation, le Conseil café-cacao, le Premier ministre, le Vice-Premier ministre et le Comité interministériel chargé du café-cacao, il devrait en principe sortir un consensus quant à l’enlèvement de tous les stocks. Malheureusement, à leur grande surprise, ce qui a été décidé n’arrange personne. « Nous sommes là, nous attendons sereinement que les choses évoluent dans le bon sens pour le bonheur du producteur ivoirien. Et tant que cela n’est pas fait, nous serons toujours au cœur de la bataille », a assuré le doyen Jean Adéya.
Pour lui, il faut se battre contre une éventuelle baisse du prix de l’achat de la production. « La somme de 2.800 FCFA le kilo de cacao fixée par le Président de la République doit être respecté jusqu’à la fin de toutes les campagnes », précise-t-il.
LE PRIX BORD CHAMP DE 2.800 FCFA RESTE INAMOVIBLE POUR LES PRODUCTEURS
Des rumeurs affirment que le gouvernement comptent faire baisser le prix bord champ de 2.800 FCFA fixé par le Président de la République en ce qui concerne la campagne 2025-2026. Et c’est un grand NON pour M. Cissé Hassan de la coopérative Kayimba à M’Batto. « Depuis la mi-novembre, le kilo a été pesé à 2.800 FCFA et jusque là, nous n’arrivons même pas à écouler nos produits.
Nos stocks sont restés dans les magasins et dans nos locaux. Plusieurs de nos collègues ne savent plus où donner de la tête », se plaint-t-il. Comme justification, il dit qu’on leur explique que le marché mondial qui est très bas actuellement. « Nous le savons bien sûr. Mais comme le prix a été garanti depuis la vente par anticipation de l’année passée, les stocks qui se retrouvent encore dans nos magasins ne devraient pas avoir de problème à ce niveau pour écoulement. J’espère que le prix qui a été fixé sera respecté jusqu’à écoulement de nos stocks. Et puis, on pourra entamer l’intermédiaire », a-t-il émis comme souhait.
Notre interlocuteur assure que ce prix est logiquement garanti pour six (6) mois à savoir d’octobre 2025 à fin mars 2026. « Nous sommes en début mars, et on apprend que le calendrier a changé et qu’il y aurait de nouveaux prix. Alors que la campagne intermédiaire doit commencer début mars 2026. Logiquement, cette campagne devait commencer début avril et le prix d’achat doit être de 2.800 FCFA en principe », affirme Cissé Hassan.
Selon lui, concernant le volume même de cacao qui leur est fixé à savoir 40.000 tonnes de fèves est faible. « Nous avons droit à un quota beaucoup plus important, l’OIA a déchargé 12.000 tonnes et il reste encore beaucoup à transborder et j’espère que le gouvernement et notre organisation trouveront un accord pour qu’on puisse faire les enlèvements », ajoute-t-il.
Pour conclure, il a dit que le Président Ouattara est un homme de parole. « Il a dit que le prix du cacao était de 2.800 FCFA. Revenir sur sa parole serait un scandale et j’espère que le prix qu’il a décidé sera respecté au moins pour les 6 mois par rapport au cacao résiduel. Tous les planteurs lui font confiance pour ça », a-t-il conclu.
Les coopératives prient pour que les sommes issues du cacao déjà déchargé depuis des mois soient enfin payées. Les tickets ou reçus sont dans leurs mains, mais cela ne fait pas de l’argent.
Il faut indiquer qu’à la fin de la déclaration des membres de l’OIA et après leur départ, le Directeur général du CCC, M. Yves Brahima Koné est apparu dans la salle. Et apparemment il cherchait ces derniers qui venaient de quitter les lieux. Il n’a fait aucune déclaration aux médias avant de filer.
Olivier Guédé
ENCADRÉ
PENDANT CE TEMPS-LÀ, BRUNO KONÉ À PARIS : « NOUS N’AVONS PAS BEAUCOUP DE CHOIX…»
Le grand absent lors de ces négociations était le nouveau ministre de l’Agriculture, M. Bruno Nanagné Koné. Celui-ci, en visite en France pour conduire la délégation ivoirienne au Salon international de l’agriculture (SIA) de Paris, a profité de son séjour loin de ses terres pour faire des déclarations sur les chaînes de radio et télévision françaises.
Propos qui touchent à l’avenir de la filière café-cacao de son pays, la Côte d’Ivoire et des millions de personnes qui dépendent de ce secteur d’activité. Lors de plusieurs apparitions sur les antennes de télé et radio françaises, il a dit concernant le prix de fixation du cacao, ceci en substance : « des annonces seront faites par la Côte d’Ivoire dans les prochains jours. Mais, je pense que tout esprit rationnel comprend que dans cette situation, le Conseil café-cacao n’a pas beaucoup de choix en face de lui ».
Le ministre de l’Agriculture parlait ainsi des prix d’achat du cacao qui seront inévitablement revus à la baisse. « L’annonce sera faite dans les prochains jours par le CCC et il s’agira de prendre une décision sur deux choses. Premièrement, le stock résiduel éventuellement de la campagne principale passée et sur le stock de la campagne intermédiaire. Encore une fois, je peux difficilement m’étendre sur cette question parce que les décisions seront annoncées dans les prochains jours par le Conseil café-cacao », a déclaré Bruno Koné.
Comme quoi, le repas est déjà cuit et toutes les agitations ça et là, toutes les tentatives de négociations sont bien de la poudre aux yeux pour rouler dans la farine producteurs, coopératives, associations et organisations de la filière. Les discussions avec le Vice-Premier ministre vont se poursuivre et le choix de ce dernier n’est pas fortuit. C’est le petit frère du chef de l’Etat, un homme dont on vente la parole. C’est le securocrate et il a l’oreille attentive du Président de la République. Mais voilà, tout est déjà prêt et les annonces à venir vont faire grincer des dents ou du moins jeter l’amertume chez beaucoup d’acteurs dans la filière café-cacao et ces derniers n’auront que leurs yeux pour pleurer.
Que feront les producteurs alors ? Céder face aux injonctions en ce qui concerne les nouveaux prix pour le cacao, ou entamer un bras de fer avec le blocage de l’enlèvement des fèves résiduelles des magasins ? Ou encore plus extrême, brûler la production, comme on entend ça et là certaines personnes ? L’avenir proche nous le dira.
Dodo Wlapkè
