- « Cette cargaison est la propriété d’une multinationale canadienne et va servir à faire des explosifs pour le secteur minier »
Comme elle l’avait promis dans un communiqué publié le lundi 06 janvier 2025, la Direction générale du Port autonome d’Abidjan (PAA) a convié ce mardi 07 janvier les médias à une visite sur le navire Zimrida qui a accosté à quai. Il s’agissait pour M. Hien Yacouba Sié, Directeur général du PAA de rassurer l’opinion publique que toutes les mesures sont prises pour que le débarquement de 7654 tonnes de nitrate d’ammonium destinées à un client ivoirien se fasse dans les conditions optimales de sécurité. A la fin de cette visite, le DG du Port d’Abidjan a indiqué aux médias que les infrastructures portuaires dont il a la charge sont habituées au débarquement de cette substance depuis déjà un certain nombre d’années et que tout est fait pour la sûreté des installations et la sécurité des biens et des personnes.
AUCUN NAVIRE N’ENTRE AU PAA SANS UN CONTRÔLE DE LA DGAMP ET S’IL EST INSCRIT SUR UNE LISTE NOIRE
Au cours de cette visite ce mardi 07 janvier 2025, les journalistes ont pu constater la présence effective de plusieurs sacs contenant le nitrate d’ammonium tant décrié. Comme pour paraphraser une phrase célèbre : « nous sommes venus, nous avons vu et le ciel ne nous est pas tombé sur la tête ». Les reporters ont pu voir les calles contenant la présence du nitrate d’ammonium et les matelots avec lesquels nous avons brièvement discuté nous ont indiqués que tout se passait bien et qu’il n’y avait rien à craindre.
A l’issue de cette visite sur le vraquier, M. Hien Sié – qui était de la partie et qui était accompagné pour l’occasion par le directeur des Affaires maritimes, du représentant du ministère des Transports, du représentant des Douanes et d’autres administrations compétentes en matière de gestion de ces marchandises dangereuses – s’est exprimé au quai où est accosté le Zimrida pour expliquer la situation. Il a indiqué qu’après la réunion technique du lundi 06 janvier avec tous les acteurs étatiques et du secteur privé, relativement à la gestion de la cargaison de nitrate d’ammonium devant passer par le PAA pour un client ivoirien, il s’agissait ce jour d’effectuer une visite sur le navire transportant la cargaison.
« Premièrement, le Zimrida est un vraquier et si voyez ce navire dans le port, sachez que comme tout navire entrant dans notre port, ce navire a fait l’objet d’un contrôle par la DGAMP ( Direction générale des affaires maritimes et portuaires). Aucun navire ne peut accéder au port d’Abidjan ou dans les eaux ivoiriennes sans un contrôle de la DGAMP qui prend en même tant le temps de vérifier si ce navire est inscrit quelque part sur une liste noire », a indiqué Hien Sié. Ainsi, selon lui, si le Zimrida est dans le port d’Abidjan c’est qu’il n’est inscrit sur aucune liste noire.
Deuxièmement, le DG du PAA a dit que ce navire transporte du nitrate d’ammonium qui est un intrant pour les industries agricoles, les engrais notamment et pour le secteur minier et routier dans le cadre des explosifs qui servent à faire les terrassements. Il a affirmé que selon les chiffres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), par an ce sont 50 millions de tonnes de nitrate d’ammonium qui sont transportées par voie d’eaux dans les différents ports du monde et du port d’Abidjan depuis des années. « Depuis des dizaines d’années, le port d’Abidjan reçoit régulièrement du nitrate d’ammonium pour les besoins des industries locales. Par exemple en 2024, nous avons reçu une trentaine de navires du type Zimrida pour un volume global de plus de 40.000 tonnes », dixit le DG du port d’Abidjan.
Toutefois, il a reconnu que le nitrate d’ammonium est un produit sensible et peut être dangereux dans certaines conditions. D’ailleurs, selon lui, dans la classification des matières dangereuses de l’OMC, la quelle classification part de 1 (le plus dangereux) à 9 ( le moins dangereux), le nitrate d’ammonium est classé à la place 5.1, c’est-à-dire une dangerosité moyenne. Le 1 étant le plus dangereux notamment les explosifs et certaines armes. « Comme le nitrate d’ammonium est classé parmi les matières les plus dangereuses, son importation, son transport et son stockage sont strictement règlementés », a-t-il assuré. Aussi, pour importer du nitrate d’ammonium, Hien Sié a souligné qu’il faut d’abord que celui qui l’importe présente des installations agréées par les services de l’Etat pour prouver que cette matière peut être stockée dans les meilleures conditions de sûreté et de sécurité.
En deuxième lieu, l’importateur doit avoir aussi un agrément des ministères techniques notamment ceux de l’Agriculture et des Transports. « Malgré les agréments, malgré de bonnes installations, chaque importation est soumise à autorisation préalable quelque soit le volume. La cargaison du Zimrida a fait l’objet de 2 autorisations différentes, selon les volumes commandées », a instruit le DG du PAA. Il a continué pour dire qu’au port d’Abidjan, « le nitrate d’ammonium, comme tous les dangereux, bénéficie d’un traitement particulier. Le Zimrida va bénéficier d’une veille sécuritaire 24 h sur 24 de son arrivée à son départ ( un camion des sapeurs pompiers était à ce titre déployé sur le quai ) ». Hien Sié a aussi précisé qu’à sa sortie, le nitrate d’ammonium ne dort jamais dans le PAA. « Lorsque ce produit est déchargé, un camion reçoit les sacs contenant le produit et il est directement escorté par la douane et les forces de l’ordre jusqu’à lieu de stockage. C’est ce qu’on appelle la sortie sous palan de matières dangereuses. Ce n’est pas un cas particulier, mais c’est ce qui se fait tous les jours dans le PAA lorsqu’on est en face de cette situation », a-t-il révélé.
DEPUIS DES DIZAINES D’ANNÉES, EXPLOSIFS ET NITRATE D’AMMONIUM PASSE PAR LE PORT D’ABIDJAN
Hien Sié a soutenu que ces matières dangereuses iront dans des installations agréées, seront déchargées par un opérateur agréé, dans un port avec des conditions particulières de passage. « Si depuis des années, le nitrate d’ammonium passe par le port d’Abidjan et que vous n’en avez pas entendu parler, c’est parce que ça se passe correctement par rapport à la réglementation. Depuis des années, des explosifs passent pas le PAA, le mercure passe par le port et beaucoup d’autres choses. Tous les ports du monde sont faits pour transporter tout, dont les dangereux », a précisé M. Hien Sié. Il a donc rassuré les populations locales et l’opinion internationale que les ports sont les lieux de passage de toutes sortes de marchandises dont celles dites dangereuses classées de 1 à 9 par l’OMC. Et d’affirmer que les marchandises dangereuses dont le nitrate d’ammonium sont cependant des matières premières d’industries. Des matières dangereuses mais utilisées par ses industries et qui doivent passer par les ports. Du fait de leur délicatesse, ils font l’objet d’un traitement particulier dans tous les ports du monde entier. « Les ports ivoiriens sont dans ce cadre-là soumis au respect strict d’un dispositif réglementaire robuste mis en place par l’Etat pour protéger les populations et les biens. Les ministères techniques, les structures étatiques et l’administration sont compétents pour mettre en œuvre ces dispositions réglementaires », a-t-il affirmé.
La gestion du dossier de la cargaison du Zimrida est donc optimale selon M. Hien Sié qui a rappelé que le port d’Abidjan est une société d’Etat, donc la propriété de tous les Ivoiriens. « Autant je suis honoré d’en assurer la gestion quotidienne autant je suis tenu à la transparence par rapport aux actes de gestion », a-t-il professé. Pour lui, le Zimrida ne souffre d’aucune avarie comme c’était le cas du navire russe le Ruby sur lequel était chargé auparavant la cargaison de nitrate d’ammonium. Navire qui d’ailleurs du fait de sa nationalité (les russes sont sous sanction ) n’avait pas d’autorisation d’accoster dans un port occidental pour réparation.
LES 7654 TONNES DE NITRATE D’AMMONIUM VONT SERVIR D’EXPLOSIF À UNE MULTINATIONALE CANADIENNE QUI ŒUVRE DANS LE MINIER IVOIRIEN
Lors de la séance de questions-réponses, Hien Sié a indiqué que les 7654 tonnes de nitrate d’ammonium sont la propriété d’une multinationale canadienne qui exploite des mines d’or en Côte d’Ivoire. Ainsi, cette matière doit servir pour faire des explosifs dans le cadre des terrassements. Le DG du PAA a indiqué qu’il fallait s’attendre à un accroissement de l’importation du nitrate d’ammonium du fait que l’industrie minière est en plein boom. L’année dernière le port d’Abidjan a reçu plus de 44.000 tonnes de cette matière et selon lui, il faut prévoir un bond dans l’importation.
Quant au navire Zimrida, il est prévu quitter le port d’Abidjan dans une semaine pour l’Angola puis la Tanzanie.
Olivier Guédé
