–Au 05 Mai, ils n’ont pas perçu leurs salaires du mois d’avril 2026
Dans une note aux allures de doléance adressée au Directeur Général du Trésor Public Côte d’Ivoire, les agents des collectivités territoriales, évoquent leur situation préoccupante relative au paiement régulier et à temps de leurs salaires.
Mettant les pieds dans les plats, les agents des collectivités territoriales commencent par affirmer que « nous constatons de manière récurrente un retard dans le paiement de nos rémunérations de fin de mois. A ce jour, 02 mai, les agents des collectivités territoriales n’ont toujours pas perçu leurs salaires, contrairement aux autres corps de l’administration publique dont les traitements sont effectués dans des délais réguliers ».
Ils ajoutent que « Cette situation engendre de nombreuses difficultés d’ordre social et économique pour les agents concernés, qui peinent à honorer leurs engagements financiers et à subvenir convenablement à leurs besoins ainsi qu’à ceux de leurs familles».
Au regard de ce qui précède, reconnaissent-ils, «nous vous demandons respectueusement, mais avec insistance, de bien vouloir prendre les dispositions nécessaires afin que le traitement et le paiement des salaires des agents des collectivités territoriales soient effectués dans les mêmes périodes que ceux des autres corps de travail. Nous restons convaincus de votre sens élevé de responsabilité et de votre attachement à l’équité dans le traitement de l’ensemble des agents de l’administration publique ».
CRI DU CŒUR
Dans le même registre, le Secrétaire Général du Syndicat national des Agents des Collectivités territoriales, Elie Azragnon a produit une déclaration à l’occasion de la fête du Travail qui a eu lieu le 1er Mai 2026. Il a fait remarquer que « Nous sommes les piliers de l’action publique locale. Nous sommes ceux qui font vivre les communes, les régions et les districts, les services de proximité. Pourtant, nous sommes aujourd’hui parmi les travailleurs les plus oubliés, les plus fragilisés et les plus exposés à la précarité ».
A l’en croire, leur réalité qui est connue de tous a pour noms, «un statut hybride, flou et injuste, des salaires précaires, irréguliers, parfois versés avec des retards insoutenables, des mesures sociales votées dans les budgets… mais jusque-là non exécutées et une insécurité professionnelle permanente qui mine le moral et la dignité ».
Toute chose, s’empresse-t-il d’ajouter « est inacceptable » avant de demander comment les décideurs réclament engagement et efficacité à des agents qui ne savent pas de quoi demain sera fait ou dans quelle mesure il faut parler de développement local sans respecter ceux qui en sont les artisans au quotidien.
Pour lui, «Le travail n’est pas une faveur. Le salaire n’est pas une récompense. Ce sont des droits fondamentaux. Aujourd’hui, nous lançons un appel fort : Aux autorités centrales et locales : Il est temps de mettre fin à cette injustice structurelle. Il est temps d’harmoniser clairement le statut des agents des collectivités territoriales. Il est temps de garantir des salaires réguliers, décents et sécurisés. Il est temps de rendre effectives toutes les mesures sociales inscrites dans les budgets ».
PISTES DE SOLUTION
Approchés afin de connaître les tenants et aboutissants de cette affaire, les services compétents de la Direction Générale du Trésor et de la Comptabilité Publique, ont apporté un éclairage sur le sujet. Selon eux, la question du retard de paiement des salaires des agents des collectivités territoriales en Côte d’Ivoire est une préoccupation légitime qui mérite non seulement d’être entendues, mais surtout d’être éclairées avec rigueur et pédagogie.
Toujours selon eux, si cette attente est juste, il est indispensable d’identifier avec précision les responsabilités dans la chaîne de la dépense publique. En effet, précisent-ils, dans l’architecture des finances publiques ivoiriennes, deux acteurs interviennent dans le paiement de la dépense publique, à savoir l’Ordonnateur, c’est-à-dire celui qui décide, engage et liquide la dépense et le Comptable public (Trésor Public), autrement dit celui qui contrôle la régularité et exécute le paiement.
Cette séparation qui n’est pas un détail administratif anodin est plutôt un principe fondamental de bonne gouvernance, garant de transparence, de traçabilité et de lutte contre les dérives. En clair, « Contrairement à une idée répandue, le Trésor Public n’est pas l’ordonnateur des salaires des agents des collectivités territoriales. Ces agents relèvent soit des Maires (communes), soit des Présidents de Conseils Régionaux qui sont placés sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité».
Ce sont donc ces autorités locales qui établissent les états de salaires, donnent l’ordre de paiement et transmettent les dossiers au Trésor Public. Dans un tel cas de figure, le Trésor Public intervient en aval, avec des missions précises qui sont d’abord de contrôler la régularité des pièces transmises, ensuite de s’assurer de la disponibilité des fonds et enfin d’exécuter le paiement dans le respect des procédures.
Autrement dit, le Trésor ne peut payer que ce qui a été correctement ordonnancé. Mieux, « Sans ordre de paiement conforme ou sans ressources disponibles au niveau de la collectivité, le paiement ne peut être déclenché, même avec la meilleure volonté ».
En définitive, les retards de paiement des salaires peuvent provenir de plusieurs sources. A savoir, entre autres, l’insuffisance ou l’irrégularité des ressources des collectivités, le retard dans l’établissement ou la transmission des états de salaires, les contraintes de trésorerie propres à certaines collectivités ainsi que les dysfonctionnements administratifs locaux.
Comme vous pouvez le constater, «Ce sont donc des enjeux de gestion locale, et non une défaillance directe du Trésor Public. La situation décrite appelle non pas à la désignation hâtive d’un responsable, mais à une meilleure compréhension du circuit financier et à une coordination renforcée entre les acteurs. Les collectivités territoriales doivent renforcer la planification et la sécurisation de leurs ressources. Les services techniques doivent améliorer la célérité dans la préparation des dossiers. Quant au Trésor Public, il doit continuer à garantir rigueur, transparence et efficacité dans l’exécution ».
En conclusion : «Le Directeur Général du Trésor Public incarne une institution dont la mission est d’assurer la sécurité, la régularité et la transparence des finances publiques, et non se substituer aux ordonnateurs. Ainsi, la résolution durable de cette situation passe par un dialogue constructif avec les véritables centres de décision que sont les autorités des collectivités territoriales. Car en matière de finances publiques, une vérité demeure à savoir que la bonne gouvernance commence par la juste compréhension des responsabilités ».
Fidel Koné
Source DGTCP
