Le district d’Abidjan a entamé une nouvelle vague de destruction de logements précaires, dans des zones jugées dangereuses. Des habitants et une partie de l’opposition dénoncent des méthodes brutales et un manque d’indemnisation.
Droit dans ses bottes de chantier, le District d’Abidjan continue ses opérations dé déguerpissements, en vue de « restaurer l’ordre urbain » et de « sauver des vies ». Sont notamment concernées des zones inondables proches du port. Mardi 2 juin, ce sont les habitants du quartier « Vridi communément appelé « Zimbabwe » – qui ont vu débarquer, dès l’aube, des bulldozers, pour un jour et demi de destruction, sous l’œil des forces de sécurité.
Sous l’œil des policiers, une poignée de tractopelles éventrent les habitations du quartier. Fofana est boulanger. Il vit à Vridi-3 depuis 30 ans. « On ne nous a pas avertis, la machine est venue tout gâcher. C’est chez moi ici, c’est mon lieu de travail qui était ici. Je n’ai rien enlevé. Tout mon argent, tout, mes papiers, tout est resté dedans », témoigne-t-il.
À peine informés, des centaines d’habitants accourent dans les ruelles boueuses. Il faut sauver les meubles, les télés, les matelas… Dans le chaos, quelques-uns crient leur colère.
« On ne sait pas où on va partir »
Selon un communiqué du district autonome d’Abidjan, la capitale économique de Côte d’Ivoire, le déguerpissement était annoncé depuis plusieurs mois, et des actions de sensibilisation avaient été menées. L’objectif, entre autres, est de protéger les résidents des risques de la saison des pluies.
Saïdou Traoré est l’un des responsables du centre de santé du quartier. Il conteste cette version. « Non, ce n’est pas comme ça ! Il pleut, il y a jamais eu d’inondation ici, il n’y a jamais eu d’éboulement. Pourquoi venir ce matin avec les machines, sans même échanger ? C’est seulement la police qu’ils envoient », assure-t-il.
Des familles regroupent leurs sacs sur un terrain vague, à l’écart des tractopelles, mais sous la menace de la pluie. « Il n’y a rien, on n’a pas d’argent ! On va partir où ? On ne sait pas où on va partir », s’inquiète une Abidjanaise.
Si le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a apporté son soutien aux opérations, la commune qui abrite le quartier concerné s’est fait l’écho des plaintes des populations déguerpies. Pilotée par l’opposition, la mairie de Port-Bouët a déploré, dans une note postée sur les réseaux sociaux, « les méthodes employées » et appelé à la « prise en charge urgente » des populations sans abri.
Deuxième vague
Si des personnes déguerpies sous-entendent, dans des micros-trottoirs, que les autorités les auraient prises par surprise, les empêchant même derassembler papiers administratifs et médicaments, l’inflexible district d’Abidjan affirme, dans un communiqué, que les opérations de destruction ont été officiellement annoncées « depuis plusieurs mois ».
Les démolitions ont d’ailleurs repris vendredi 12 juin dans les communes de Port-Bouët et de Koumassi. Et une liste de communes et de zones qui pourraient être impactées par ce processus circule actuellement sur la toile plongeant les concernés dans le désarroi total.
Les déguerpissements de cette semaine sont intervenus après une première vague de démolitions, en 2023 et 2004 dans plusieurs quartiers précaires de la ville. Il était déjà question d’éviter des pertes humaines dans des inondations ou glissements de terrain. Mais les milliers d’Abidjanais qui ont vu leurs bâtiments détruits jugent que les politiques d’indemnisation ou de relogement n’ont pas été à la hauteur.
Olivier Guédé
Photo légendée : Il ne reste plus que des ruines après le passage des bulldozers.
