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Session d’information parlementaire : Zoro Epiphane Bi Ballo (président de la HABG) : « La corruption est un poison systémique qui détruit les forces vives d’une nation »

Par admin
20 juin 2026
de SOCIÉTÉ
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Session d’information parlementaire : Zoro Epiphane Bi Ballo (président de la HABG) : « La corruption est un poison systémique qui détruit les forces vives d’une nation »
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-1 351 plaintes et dénonciations enregistrées 

-40 dossiers d’enquêtes sur la table du Pôle Pénal Economique et Financier

-160 Députés refusent de déclarer leur patrimoine

Le président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance Zoro Epiphane Bi Ballo, a animé une session parlementaire, le 18 juin 2026 à l’Assemblée Nationale, au Plateau, pour évoquer les avancées dans la lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire.

Face aux Députés, le président de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), Zoro Epiphane Bi Ballo, a commencé par dire que pour combattre efficacement la corruption dans un pays, il faut d’abord en mesurer toute la gravité car « La corruption n’est pas un délit mineur, c’est un poison systémique qui détruit les forces vives d’une nation ».

Il révèle que les méfaits se déclinent au triple niveau de l’asphyxie macroéconomique, la rupture du contrat social et une faillite institutionnelle et morale. Et cela d’autant que « Lorsqu’un marché public est faussé par des commissions occultes, c’est l’efficience économique qui s’effondre. Les coûts des infrastructures se trouvent artificiellement surenchéris, privant l’Etat de ressources précieuses pour d’autres projets. La corruption détruit la libre concurrence, décourage les investissements directs étrangers et favorise l’économie informelle au détriment des entreprises citoyennes qui paient régulièrement leurs impôts….. Chaque franc détourné, chaque pot-de-vin exigé est une injustice flagrante imposée à nos concitoyens. C’est un banc d’école en moins dans nos régions reculées, un stock de médicaments en moins dans nos centres de santé, une pompe hydraulique en moins pour l’accès à l’eau potable de nos villages. La corruption accentue cruellement la pauvreté et creuse le fossé des inégalités. Elle crée une société à deux vitesses où les droits les plus fondamentaux s’achètent au lieu d’être garantis par la loi.  Enfin, la corruption entraîne une faillite institutionnelle et morale. Elle détruit le lien de confiance entre les citoyens et l’Administration publique ainsi que le système judiciaire. Dès lors que l’impunité s’installe, c’est l’autorité même de l’Etat qui s’érode ».

LES EFFORTS DU GOUVERNEMENT

Dans un tel environnement, a poursuivi le président de la HABG, la Côte d’Ivoire affiche clairement ses ambitions économiques et sociales caractérisées par  la réduction du chômage des jeunes, l’amélioration de l’éducation et la formation, le développement des infrastructures modernes et la garantie des soins de santé de qualité accessibles à tous. Cependant, il reconnait que la corruption reste le principal obstacle qui se dresse devant cette vision. C’est pourquoi, assure-t-il, la lutte contre la corruption n’est pas un combat moral secondaire, réservé aux discours de bonne conscience et que c’est au contraire, la condition première du développement. Mieux, c’est le socle sur lequel repose toute politique économique crédible et toute ambition sociale durable.

En clair, poursuit le président de la HABG, « je suis devant vous ce matin, non pas pour constater une fois de plus l’étendue du problème. Mais pour affirmer avec force et détermination que lutter contre la corruption c’est choisir le développement. C’est choisir un avenir meilleur ». 

Depuis 2011, la Côte d’Ivoire a fait de la lutte contre la corruption un axe stratégique non négociable de sa politique de développement, non pas comme une posture, non pas comme un discours de tribune, mais comme une conviction profonde, traduite en actes concrets, en réformes courageuses, et en résultats mesurables, a estimé Zoro Epiphane Bi Ballo. La preuve, selon lui, réside dans le fait que les Plans Nationaux de Développement (PND) successifs élaborés et mis en œuvre sur la période 2012-2025 ont tous eu pour piliers centraux l’amélioration de la gouvernance et le renforcement des Institutions. Il ajoute qu’en 2011, après 10 années de crises successives, les Institutions publiques étaient fragilisées, les finances publiques mal gérées, la confiance des investisseurs érodée, et une large partie de la population vivait dans la pauvreté.

Plus grave, la corruption qui avait gangrené l’administration, les marchés publics et la justice était devenue un mode de fonctionnement ordinaire, un obstacle systémique au progrès. Aujourd’hui, 15 ans plus tard, le bilan de la transformation profonde de la gouvernance du pays est largement positif, explique-t-il. La première réforme a été de bâtir les fondations juridiques et institutionnelles solides, notamment la ratification dès 2012, des conventions internationales contre la corruption, à savoir celles de l’Union Africaine et des Nations Unies. Et cela, afin de se dotée d’un arsenal juridique moderne et contraignant pour prévenir et réprimer la corruption et les crimes financiers.

Ce dispositif a été alimenté par l’Ordonnance n° 2013-660 du 20 septembre 2013 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption et les infractions assimilées, la loi n° 2016-992 du 14 novembre 2016 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme ; la loi n° 2018-573 du 26 juillet 2018 portant régime juridique du gel des avoirs illicites et la loi n° 2018-570 du 26 juillet 2018 relative à la protection des témoins, victimes, dénonciateurs et experts, rappelle Zoro Epiphane, avant d’ajouter qu’une loi relative à la protection des lanceurs d’alerte est en cours d’élaboration pour compléter ce dispositif juridique déjà très contraignant.  À cet important dispositif, s’ajoutent la création de plusieurs Institutions et organes chargés de lutter contre la corruption ainsi que les crimes économiques et financiers.

Ce sont la Cellule Nationale de Traitement des Informations Financières (CENTIF), l’Autorité Nationale de Régulation des Marchés Publics (ANRMP) devenue l’Agence de Régulation de la Commande Publique (ARCOP), la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), la Cour des Comptes, le Pôle Pénal Economique et Financier (PPEF), l’Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Criminels (AGRAC) et le Bureau National de Protection des témoins, victimes, dénonciateurs, experts et autres personnes concernées.

Plusieurs réformes sectorielles ont également été prises pour renforcer la transparence dans la gestion des affaires publiques et améliorer l’environnement des affaires en Côte d’Ivoire. À savoir l’adoption de loi organique n°2014-337 du 05 juin 2014 portant code de transparence de la gestion des finances publiques ; l’instauration de l’obligation de déclaration de patrimoine à la charge des personnes occupant les hautes fonctions dans l’Administration ou chargées de gestion des fonds publics ; Le basculement en mode de gestion «Budget-Programme »; La modernisation et la dématérialisation comptable avec la création du Compte Unique du Trésor pour une visibilité exhaustive, immédiate et transparente des liquidités publiques disponibles ; La digitalisation des régies financières avec la généralisation du télépaiement et des télé-déclarations au niveau des Directions Générales des Impôts et des Douanes ; Le renforcement des organes de contrôle notamment la Cour des Comptes, le Parlement, les Inspections ainsi que la soumission régulière de l’Etat aux diagnostics internationaux. 

De plus, continue le président Zoro, le Gouvernement a adopté plusieurs mesures afin d’accroitre leur attractivité et renforcer la gouvernance. A ce niveau, il cite l’adoption d’un nouveau code d’investissement plus moderne et l’adoption de plusieurs codes sectoriels, la mise en place de plusieurs guichets Uniques pour faciliter les opérations économiques et réduire les risques de corruption, la mise en place d’un dispositif juridique et institutionnel pour accompagner les entreprises notamment le Tribunal de Commerce, la Cour d’Appel de Commerce, la Cellule d’Information des Opérateurs Economiques et un cadre de concertation Etat-Secteur Privé, etc.

Par ailleurs, la Côte d’Ivoire est partie prenante à des initiatives internationales visant la promotion de la bonne gouvernance qui sont le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) chargé de la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) vu comme un instrument d’autoévaluation volontaire de la performance des Etats membres en matière de gouvernance. Ainsi que l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) qui a pour objectif de veiller à la transparence dans la gestion des ressources pétrolières, gazières et minières et le Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (PGO) qui est une initiative multilatérale visant à garantir des engagements concrets des gouvernements à promouvoir la transparence, la participation citoyenne, la lutte contre la corruption et l’exploitation de nouvelles technologies pour renforcer la gouvernance. 

DES RESULTATS CONCRETS

Toujours selon le président de la HABG,  toutes ces réformes ont permis d’enregistrer des résultats tangibles salués par la communauté internationale, même s’il reconnait que le chemin qui reste à parcourir est encore long. Ces résultats ont pour noms, la stratégie nationale de lutte contre la corruption adossée à un programme national de lutte contre la corruption qui a été élaborée et adoptée par le gouvernement. De même pour la création de la plateforme sécurisée de dénonciations et de plaintes anonymes dénommée « SIGNALIS » qui a permis d’enregistrer au total, 1 351 plaintes et dénonciations au 31 décembre 2025. Ainsi que l’Académie de Bonne Gouvernance et de Leadership anticorruption créée pour renforcer les capacités des agents publics, du secteur privé et des OSC au sein de laquelle près de 1000 personnes issues des Administrations publics, du secteur privé et de la société civile ont déjà été formées sur divers thématiques. De plus, 40 procès-verbaux d’enquêtes portant sur des faits de corruption ont été transmis au Procureur de la République près le Pôle Pénal Economique et Financier pour des suites judiciaires.

À cela s’ajoutent  des audits sectoriels approfondis menés, et des sanctions disciplinaires et judiciaires concrètes qui ont frappé des gestionnaires indélicats dans les secteurs de la santé, du foncier urbain et de l’éducation nationale. Zoro Epiphane ajoute que la transparence a été renforcée au niveau des responsables administratifs avec l’obligation de déclaration de patrimoine qui enregistre aujourd’hui un taux de conformité de plus de 90 % chez les personnes assujetties, renforçant ainsi la culture de reddition de comptes. 

Toutes choses qui se manifestent à travers les indicateurs internationaux crédibles publiés chaque année par des organismes indépendants. Ainsi, sur l’Indice de Perception de la Corruption de l’ONG Transparency International, la Côte d’Ivoire est passée de la 136ème place en 2012 à la 76ème place en 2025, sur 180 pays au monde, soit un gain de 60 places en une décennie. Quant au score de l’indice, il est passé de 27/100 à 43/100 sur la même période.

Concernant l’évaluation de la gouvernance de façon générale, les Indicateurs mondiaux de gouvernance de la Banque Mondiale montrent que la Côte d’Ivoire connait une amélioration dans les six dimensions de la gouvernance depuis 2013. Ce faisant, la bonne dynamique de l’indicateur contrôle de la corruption a permis à la Côte d’Ivoire de bénéficier, dans le cadre du Millenium Challenge Corporation (MCC), du programme compact pour un montant global de 500 millions de dollars US en faveur des infrastructures sociaux économiques. Enfin, selon l’Indice Mo Ibrahim pour la gouvernance en Afrique, qui évalue la qualité de la gouvernance dans les 54 pays africains, la Côte d’Ivoire a enregistré l’une des meilleures progressions au cours de la dernière décennie.

Elle est passée de la 21ème place en 2014 avec un score de 52,6/100 à la 16ème place en 2023 avec un score de 56,7/100. A ce titre, le pays a abrité la 12ème édition de la semaine de la gouvernance de la Fondation Mo Ibrahim en 2019. Pour Zoro Epiphane, la Côte d’Ivoire a connu l’une des plus fortes performances du continent africain avec une croissance annuelle du PIB d’environ 7% sur la période 2011-2025 faisant passer la valeur nominale du PIB de 18 100 milliards FCFA à 57 577 milliards de FCFA, soit plus du triple de sa taille initiale.

Le PIB par habitant quant à lui est passé de 1 733 dollars US en 2011 à 2 947 dollars US en 2025, soit un doublement du revenu moyen par habitant, reflétant la forte croissance économique du pays. Le taux de pauvreté a connu un net recul passant de 55,4 % en 2011 à 37,5% en 2021, soit une réduction relative d’environ 32% du taux de pauvreté. L’espérance de vie à la naissance est passée d’environ 55,97 ans en 2011 à 62,28 ans en 2025, soit un gain de 6,31 ans et une croissance d’environ 11% en 14 ans. 

Le nombre de kilomètres de routes bitumées est passé de 6 514 km en 2011 à 8 500 km en 2024 soit une augmentation de 1 986 km et une croissance de 30,5%. Sur la période, nous sommes passés de 142 km d’autoroutes en 2011 à 400 km en 2025. Le taux d’accès à l’eau potable qui était de 50% en 2011 a atteint 80 % en 2024, soit une hausse relative de 60%. En termes quantitatifs, la production d’eau à Abidjan est passée de 350 000 m3/jour en 2011 à plus de 1 million de m3 /jour en 2024. Le taux d’accès à l’électricité qui était de 74% en 2011 est monté à  94% en 2025, soit une augmentation relative d’environ 27%. Quant au nombre de localités électrifiées, il est passé de  2 847 à 7 900 sur la même période.

À cela, s’ajoute le nombre de collèges et lycées qui est passé de 294 en 2011 à 902 en 2025, soit plus du triple. Quant aux universités publiques, leur nombre est passé de 3 à 9 en 2025 avec un 10ème  en cours d’achèvement. Enfin, 11 Hôpitaux Généraux, 8 Centres Hospitalier Régionaux, 1 CHU et 1 139 Centres de Santé de premier contact ont été construits sur la période 2011-2025.  Au niveau de l’attractivité internationale de l’économie ivoirienne, les agences de notation internationales ont révisé positivement les perspectives du pays. Par exemple, l’Agence américaine Moody’s Ratings a relevé la note souveraine de la Côte d’Ivoire de Ba3 à Ba2, faisant d’elle la deuxième meilleure note de l’Afrique subsaharienne derrière le Botswana. 

Malgré ce tableau reluisant, conclut Zoro Epiphane, «Il  nous faudra intensifier la répression des actes de corruption, vulgariser l’Indice National de Gouvernance, institutionnaliser les enquêtes nationales sur la corruption comme baromètre indépendant, renforcer la protection des lanceurs d’alerte, digitaliser les processus de déclaration de patrimoine, ancrer durablement dans chaque administration ivoirienne une culture d’intégrité et de redevabilité et former systématiquement les nouveaux fonctionnaires sur les principes de bonne gouvernance en collaboration avec le Ministère d’Etat, Ministère de la Fonction Publique et de la Modernisation de l’Administration. La lutte contre la corruption n’est pas une course de vitesse, c’est un marathon institutionnel et culturel……. Les actions ne peuvent s’installer dans la durabilité sans le pouvoir souverain du Législatif. La Constitution de notre République vous confère deux prérogatives immenses à savoir : voter la loi et contrôler l’action du gouvernement. Je vous invite donc, en tant que représentants du peuple, à user de toute la plénitude de vos pouvoirs. Intensifiez le contrôle parlementaire. Utilisez vos commissions d’enquête. Interrogez sans relâche l’exécution ligne par ligne des budgets que vous votez lors de l’examen des lois de règlement. Portez ce message d’intégrité au cœur de vos circonscriptions respectives. Soyez, sur le terrain, les ambassadeurs de la tolérance zéro contre la corruption ». 

Fidel Koné, Source HABG


ENCADRE

160 Députés à la traîne

La session parlementaire animée par le président de la HABG s’est terminée par un fait insolite : 160 députés trainent encore les pieds pour déclarer leur patrimoine, contrairement aux dispositions statutaires et règlementaires. Sur ce point, Zoro Epiphane n’est pas passé par 4 chemins pour passer du savon sur le visage de tous ces réfractaires à la loi.

Il a ainsi révélé qu’ « Au 31 décembre 2025, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance a enregistré 9 844 déclarations de patrimoine de prise de fonction ou de début de mandat sur 10 858 déclarations attendues, soit un taux de déclaration de 90,66%. Pour les parlementaires, le taux de déclaration de patrimoine de début de mandat à fin 2025 était de 75,32% pour les députés et de 96,32% pour les Sénateurs. Cependant, avec la prise en compte des résultats des dernières élections législatives, le taux de déclaration de patrimoine des Députés de la législature actuelle est seulement de 37,65%. Face à cette situation, la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance en collaboration avec le Secrétariat Général de l’Assemblée nationale, a pris des mesures afin de faciliter la déclaration de patrimoine des Députés. Il s’agit des courriers d’invitation et des formulaires de déclaration de patrimoine qui ont déjà été transmis aux 160 députés non à jour de leur obligation de déclaration de patrimoine. Une mission résidente spéciale des agents de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance séjournera au sein de l’Assemblé nationale durant une semaine, à définir d’accord parties, pour assister et enregistrer les déclarations de patrimoine des Députés……Je garde l’espoir que cette mission exceptionnelle à venir sera l’occasion pour les Députés non à jour de remplir leur obligation de déclaration de patrimoine ». Par rappel, le refus de déclaration ou la fausse déclaration de patrimoine constitue une infraction punie par la loi d’une amende équivalente à 6 mois de rémunération perçue ou à percevoir ». 

FK

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